Faune, Flore & Géologie

Cette partie de la Côte d’Albâtre entre l’estuaire de la Seine et la digue du port d’Antifer présente un profil homogène comprenant une falaise élevée précédée d’un talus formant une pré-falaise. Ce talus est marqué par la présence sous les roches calcaires, de sables et de niveaux gris noirs d’argiles et de marne qui disparaissent progressivement en allant vers le nord. Au sommet des falaises, la craie est recouverte d’une chape épaisse et continue d’argile rouge à silex.

Les falaises de la côte d’Albâtre constitue des archives de l’histoire géologique de la bordure du bassin de Paris, dont fait partie le Pays de Caux.
L’inclinaison générale des couches sédimentaires font de la pointe du Grouin (= point de jonction de la grande digue avec la falaise) la limite précise entre la côte à pré falaise) la limite précise entre la côte à pré falaise vers le cap de la Hève et la côte à falaise vive vers Etretat.

Tandis que la falaise du Cap de la Hève à Saint Jouin présenta un profil homogène comprenant une falaise élevée précédée d’une pré falaise riche en niveau d’argile gris et de marne ; à partir de la pointe du Grouin, les niveaux inférieurs d’argile et marne disparaissent en pied de falaise. Ce secteur marque donc l début de la falaise vive directement atteinte par la mer.
C’est ici au niveau de la pointe du Grouin que les sables ferrugineux se trouvent entièrement sous le niveau de la mer avec 25 à 30 mètres d’épaisseur. Un fond marin meuble et épais facile à creuser pour obtenir le tirant d’eau nécessaire à l’accostage des navires, c’est donc ici qu’a été réalisé le port pétrolier d’Antifer.

Un peu de géologie

Le socle (= bassin de Paris), une ancienne chaîne de montagne formée durant l’ère primaire (dont les massifs armoricains, central, vosgiens et ardennais sont les parties affleurantes) est hérité de collisions et de plissements. De ce lointain épisode de plissements (vers -350 millions d’années) des roches sédimentaires se sont retrouvées redressées et souvent déformées et subsiste une ligne de fragilité au coeur du Pays de Caux = la faille Fécamp-Lillebonne.

Ce socle, à l’ère secondaire a été recouvert par les mers successives durant plus de 200 millions d’années. Une mer située à l’emplacement de l’ancienne Allemagne (l’océan Atlantique et la Manche n’existent pas encore) recouvre peu à peu les terres émergées. Trangressions marines se succèderont ainsi pendant 200 millions d’années. En fonction de l’éloignement des lignes de rivage, des sédiments de diverse nature se déposent au fond de l’eau et s’accumulent : graviers, sables et argiles résultant du démantèlement des reliefs émergés, restes des organismes marins à coquilles calcaires, algues unicellulaires, ammonites, oursins… Ainsi est née la principale roche du Pays de Caux : la craie.

La craie glauconieuse de Saint Jouin = c’est la première craie déposée dans le bassin de Paris par la mer du Crétacée. Elle débute au dessus de la surface de ravinement qui termine la Gaize. C’est une craie sableuse, à gros grains de glauconie et nodules verts perforés, très riches en coquilles, spongiaires, oursins, mollusques bivalves. Au dessus, sa couleur est sombre en raison de sa richesse en glauconie (= minéral vert d’origine chimique), en quartz, et en argile. Le cap d’Antifer s’explique par la présence à la base de la falaise entre la Pointe du Grouin et la Valleuse de Fourquet, de la craie de Saint Jouin très résistante à l’érosion, avec ses bancs noduleux massifs et ses gros silex.

Au dessus, on trouve la craie de Rouen. La limite entre la craie de Saint Jouin et la craie de Rouen marque un renouvellement important des espèces après un long arrêt de sédimentation. Ainsi la plupart des ammonites appartiennent à des genres nouveaux.
Le sommet de la falaise, en craie marneuse, est entaillée de profonds entonnoirs d’argile à silex, et on découvre les pinacles de craie dégagés par le déblaiement de profonds entonnoirs de dissolution, au niveau du Belvédère.

La craie à silex

C’est une roche sédimentaire marine calcaire à grains très fins, blanche, poreuse, tendre et friable, faite de l’agrégation d’organismes fossiles. De ce fait moins résistante que les calcaires proprement dit, elle contient généralement en son sein une roche très dure à grain fins et cassures lisses, grise ou noire : le silex.

Le silex peut se trouver en lit continue, soit dispersé ou aligné parallèlement à la stratification. La craie peu résistante a subi une altération considérable à cause des incessants mouvements tectoniques de l’écorce terrestre sous-jacente. La craie se retrouve ainsi fracturée selon des directions préférentielles responsables de la formation des vallées et valleuses qui sillonnent le plateau cauchois.

Comme le montre cette photo prise avant la construction du port pétrolier d’Antifer, Saint Jouin constitue un point de transition entre 2 types de falaises :

– la falaise à glissement du Cap de la Hève jusqu’à Saint-Jouin

– la falaise vive à partir de la pointe du Grouin vers Etretat.

Au dessus de la craie de Rouen qui marque un renouvellement important des espèces fossiles après un long arrêt de sédimentation. Le sommet des falaises est recouvert par une argile rouge à silex.

Processus d’érosion de la falaise du Cap de la Hève à Saint-Jouin

Le processus d’érosion de la falaise à Saint-Jouin n’est pas une attaque directe du pied de la falaise par la mer, mais un mécanisme d’érosion essentiellement continental et irrégulier ; la mer n’intervenant que pour dégager le pied de la pré-falaise. C’est l’image du glissement de la falaise sur un toboggan.

L’eau du plateau s’infiltre à travers les minuscules pores de la craie ou à travers les fissures qui s’élargissent, puis l’eau s’accumule sur les niveaux argileux imperméables (argile du Gault) qui retiennent l’eau et accumulent dans les pores et le Karst sous-terrain de la craie pour constituer une nappe phréatique. Ce niveau d’argile du Gault rendu très boueuse se trouvant ici au plusieurs dizaines de mètres de haut qui quittent lentement la falaise pied en avant sur un toboggan retenu par la pré-falaise. Des blocs parfois très résistants à l’érosion peuvent être observés en position couchés, à demi enfouis dans le cordon de galets.

Il est volontairement noté Saint Jouin et non Saint Jouin-Bruneval, car la transition entre falaise à glissement et falaise vive se situe à Saint Jouin avant le terminal pétrolier.

La plus grande prudence s’impose au sommet et aux abords des falaises. Le danger est réel pour les promeneurs.