Opération Biting

Dès juin 1940, les allemands firent leur apparition dans la région. La Marine allemande occupe dès son arrivée le phare et le sémaphore du Cap d’Antifer et la Poterie, où ils s’installent dans l’école, la salle des fêtes, les logement de la Mairie mais également la ferme de Theuville et la manoir de la falaise (vaste construction de pierres de taille, bâtie entre 1925 et 1929 surplombant la falaise à proximité de la Valleuse de Bruneval).


À la fin de l’année 1941, les services de renseignements Britanniques apprennent l’utilisation par les Allemands d’un nouveau type de radar extrêmement précis.

Diverses reconnaissances aériennes confirment la présence de ce radar à proximité du «Manoir de la Falaise». Ce radar permettait de mesurer avec précision le relevé du vol des avions, l’altitude et la distance. Ces qualités extrêmes étaient fortement convoitées par les Britanniques. Outre-Manche, depuis octobre 1941, Lord Mountbatten est à la tête des opérations combinées. Ces opérations conçues pour obtenir une efficacité optimale, seront capitales dans l’histoire de la Seconde Guerre Mondiale, aussi bien pour la reconnaissance des lieux d’un futur débarquement que dans les opérations de type «Coup de Main». Grâce aux collectes de renseignements effectuées par les résistants Havrais, dont Monsieur Charles Chauveau, garagiste surnommé «Charlemagne», et le capitaine aviateur Roger Dumont dit «Pol», les alliés purent reconstituer une maquette très précise du site, et s’en imprégner dans les moindres détails. La plage de Bruneval étant déjà puissamment fortifiée et très surveillée, une attaque de front ne pouvait avoir l’effet de surprise escompté. La décision est alors prise d’organiser une opération aéroportée, par l’arrière du «Manoir de la Falaise», avec un groupe de parachutistes qui devrait être évacué par mer sur la Grande-Bretagne après l’opération.

Le 08 janvier 1942, Lord Louis Mountbatten fait part de l’opération au quartier général de la 1ère division Aéroportée Britannique.

Le 1er bataillon, commandé par le Major J.D. FROST est chargé de ce Raid codé «Opération Biting». Le Major J.D. Frost prit donc contact avec le commandant Cook de la Marine Australienne dont la tâche serait d’assurer l’évacuation des parachutistes depuis la plage de Bruneval

LES DÉTAILS DE L’OPÉRATION

– En Grande-Bretagne : le 27 février 1942 à 20 h 30, les 12 appareils décollent de l’aérodrome de Thruxton, avec au total 120 hommes à bord.

– En France : le 28 février 1942 à 0 h 20, les 12 appareils Britanniques survolent le hameau de Theuville enneigé et atteignent leur zone de parachutage.

Le rassemblement indique aussitôt qu’un groupe de parachutistes est manquant. Ils ont été largués à 3 Km au Sud de Bruneval.

Chaque groupe se dirige alors vers l’objectif qui lui a été confié.

– Un premier groupe évite la ferme par le Sud et se place en défense.

– Le groupe 2 dirigé par le Major Frost investit le Manoir de la Falaise.

Pendant ce temps, le Flying Sergent Cox, spécialiste Britannique des radars s’affaire autour du radar Allemand et en démonte les éléments essentiels.

– Le groupe 3 longe les hauteurs de la falaise de Bruneval pour se placer au dessus du point d’appui du Corps de Garde situé au bord de la plage de Bruneval et le neutraliser afin de permettre le rembarquement des parachutistes.

Les combats se déroulent aussi aux abords de la ferme Theuville.

– Le groupe 4 largué trop loin au Sud de Bruneval, stoppe une patrouille provenant de Saint Jouin.

Les lignes téléphoniques ayant été coupées par les résistants pour éviter la venue de tous les renforts : la panique règne chez les Allemands dans ce point fort, assiégé par les hauteurs de la Falaise de Bruneval. Submergés par les Britanniques, les Allemands quittent ce point d’appui pour se replier dans Bruneval.

– Le 28 février à 2 h 40, les groupes se dirigent vers la plage de Bruneval, d’où Frost envoie des signaux.

– À 2 h 40, les parachutistes embarquent à bord des Landing Craft Infanty (péniches de débarquement conçues pour débarquer des hommes, et engins blindés), et des vedettes rapides dont quatre appartiennent aux Forces Navale Françaises Libres. Tous les hommes regagnèrent l’Angleterre sauf huit : Parmi eux, il y avait un mort, les sept autres n’avaient pu rejoindre la plage à temps.
La capture des principaux éléments du radar allait permettre aux alliés de déterminer les différentes fréquences utilisées par les allemands et de mettre au point un système de brouillage efficace utilisé le 5-6 juin 1944 pour masquer la flotte alliée se dirigeant vers le Calvados.

LE MONUMENT DE BRUNEVAL
POUR QUE LE VOILE DE L’OUBLI NE S’ABATTE PAS

Le 30 mars 1947, en présence de 20 000 Déportés et Résistants, le Général de Gaulle inaugure une plaque commémorative. Mais c’est André Haraux, ancien déporté, Président du Musée Historique des Deux Guerres Mondiales, administrateur Fédéral Maginot, qui fut sans conteste l’homme sans lequel Bruneval ne serait qu’un lointain souvenir.

En 1975, en présence de Lord Louis Mountbatten, le monument est inauguré. Mais André Haraux veut faire mieux encore. Il entraîne derrière lui toute la région Havraise, notamment des collégiens et lycéens. Ensemble, ils construisent un escalier pour accéder à la plage. Ils scellent au milieu de l’escalier «Une pierre du camp de Mauthausen, rapportée d’un pèlerinage.

Il fédère dans cette tâche de jeunes allemands. Bruneval, symbole de résistance et de lutte, devient aussi symbole de réconciliation. Le point d’orgue de son action persévérante sera sans nul doute les cérémonies de juin 1982, commémorant le 40ème Anniversaire du Raid de Bruneval, en présence de François Mitterand, Président de la République et du Prince Charles, représentant sa mère, la Reine d’Angleterre